Livres

« Charlotte », de David Foenkinos: mon coup de foudre de l’hiver.

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Hier soir après avoir refermé « Charlotte », de David Foenkinos – et séché mes larmes – j’ai eu envie de commencer cet article par un grand merci à ma belle-sœur et à mon beau-frère qui m’ont offert ce livre cet été, et sans qui je serais sans doute passée à côté de ce texte qui m’a bouleversée. Alors voilà: Chantal, Michel: MERCI!

J’avais lu « La délicatesse », « Le potentiel érotique de ma femme », et plus récemment « Je vais mieux », avec beaucoup de plaisir mais sans véritable emballement. Disons que jusque là, je trouvais les livres de David Foenkinos agréables, légers et distrayants; ce qui est déjà bien, mais pas tout à fait suffisant.
Avec « Charlotte », on change de registre et de style; d’ailleurs, si je l’avais lu sans connaître le nom de son auteur, je n’aurais pas parié un centime sur Foenkinos tant le propos et l’écriture sont éloignés de ce que je connaissais de lui.

Je ne me suis décidée à l’entamer que plusieurs mois après l’avoir reçu; après « Le météorologue » d’Olivier Rollin, et sa plongée dans l’archipel du goulag, j’ai eu envie de choses plus légères avant m’attaquer à la vie de Charlotte Salomon (oui, c’est mon côté « pays des bisounours », je suis une grande sensible) Je dois avouer humblement mon inculture intersidérale: j’ignorais tout de cette artiste, à part ce que j’en avais lu à la sortie du livre, puis quand l’auteur a obtenu le Renaudot et le Goncourt des lycéens.

La forme est déroutante: phrases courtes, passage à la ligne après chaque point. J’ai d’abord cru que le texte était en vers, mais non. (je suis malheureusement imperméable à la poésie) J’aime les écritures fluides un peu à l’ancienne, les paragraphes copieux, et j’ai une affection particulière pour le point-virgule… j’ai eu peur de ne pas réussir à entrer dans le livre, de passer à côté. Il n’en est rien; il m’a suffit de deux pages pour être embarquée. Le procédé a même, contre toute attente, accéléré mon immersion: on est saisi, bousculé par le parcours tourmenté de la jeune femme, et le phrasé haché a quelque chose d’hypnotique qui vient amplifier le malaise et l’inquiétude: le passage à la ligne est comme une brève inspiration pour reprendre son souffle alors qu’on sent l’étau se resserrer.
Le narrateur est, de son propre aveu, obsédé par l’Allemagne, par la langue germanique, par Charlotte, par son œuvre, et son écriture rend très bien ces fixations, mais j’y ai ressenti aussi l’urgence, pour l’artiste menacée de construire son œuvre avant d’être rattrapée par l’horreur qu’elle fuit depuis tant d’années. Les mots de Foenkinos ont le staccato d’un train en marche.

La vie de Charlotte Salomon est une terrible cavale, la poursuite d’un bonheur qui se refuse obstinément à elle et aux siens. Une famille, écrasée par les drames, accouche d’une artiste géniale, Charlotte donc. Son talent lui permet d’ intégrer l’Académie des Beaux-arts de Berlin, pourtant quasi inaccessible aux juifs à la fin des années 30, mais elle doit fuir l’Allemagne et se réfugier dans le sud de la France après la nuit de cristal. Elle consacrera ses derniers mois de liberté à peindre et écrire, frénétiquement. Son errance est ponctuée de belles rencontres, avec une américaine fortunée et humaniste, un médecin attentif ou la patronne d’un hôtel, qui perçoivent son génie, la protègent, et à qui elle confiera son œuvre – « toute sa vie », dit-elle – le moment venu.

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(Charlotte Salomon, autoportrait, 1940)

Charlotte a laissé derrière elle « Vie? Ou Théâtre? » ensemble hybride et autobiographique, composé de gouaches, de textes et même d’une bande-son (elle y note des références de morceaux de musique pour accompagner peintures et écrits). L’ensemble est aujourd’hui conservé au Musée Historique Juif d’Amsterdam, et a été exposé au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris, en 2006.
Après avoir lu le livre de David Foenkinos, je regrette vraiment de n’avoir pas vu cette exposition et j’espère avoir l’occasion de découvrir ses peintures mieux que sur Google Images. Mais c’est déjà ça.

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(Charlotte Salomon, « Leben? oder Theater? Ein singespiel ». 1940-1942)

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