Humeur

Mon scooter et moi

Il y a bientôt trois ans, j’ai pris une décision qui a changé ma vie: j’ai acheté un scooter.
Je n’aime pas le métro, je sais c’est un peu snob de dire ça, mais tous ces gens qui font des têtes de six pieds de long, ça me fout le bourdon. Pendant des années, je suis arrivée en retard à presque tous mes rendez-vous parce que j’y allais en voiture. Bouchons, stationnement, pv, ça commençait à me faire enrager. J’ai été cycliste pendant un moment, aussi, mais j’habite sur une colline et franchement il y a des jours où le retour à la maison était trop dur. En fait, le vélo, c’est aussi dangereux que le scooter, mais ça roule moins vite et c’est beaucoup plus fatigant!
Donc l’idée du scooter a commencé à faire son chemin, notamment un soir où j’étais allée travailler à Ménilmontant; remonter la rue à pieds, après une séance photo, à une heure du mat, avec 10kg de matériel dans mon sac, sous une pluie battante, et arriver à l’arrêt de bus pour m’apercevoir que le dernier était passé 5mn plus tôt, me traîner jusque chez moi et arriver trempée, je crois que ça m’a aidée.
Sauf que… je suis un peu trouillarde. Et il se trouve que quelques jours après, j’apprenais qu’une consœur s’était assez sérieusement blessée en tombant de scooter… en allant à l’hôpital voir son fiancé qui lui même venait de faire une chute à moto.
Bon, j’ai cessé d’acheter des magazines sur les deux-roues, j’ai repris ma voiture ou mes baskets, et j’ai continué à être en retard partout, tout le temps. Ou alors ridiculement en avance, quand je prenais une marge dingue en prévision de la galère de stationnement et qu’à peine arrivée, au premier passage, une place me tendait les bras (une vraie, une à laquelle on a droit, même pas une livraison ni un transport de sous ni une place police!)

Mais ça, c’était avant.
La place qui se libère miraculeusement devant vos yeux ébahis, je sais pas pour vous, mais il me semble que c’est une espèce en voie de disparition. Quant aux Grands Boulevards ou à la Rue de Rivoli « fluides », n’en parlons pas. Peut être même que certains d’entre vous, les plus jeunes, se figurent que c’est un mythe et que ça n’a jamais existé.

Alors un hiver, j’ai repris ma prospection pour trouver mon scooter. Mes critères étaient assez simples:
– des grandes roues parce que tout le monde me disait que c’est plus stable
– pas trop cher au cas où je décide de le revendre après trois jours et une grosse frayeur
– pas trop tentant pour les voleurs ( =pas une Vespa LXV avec tous ses chromes, pourtant elle est vraiment jolie. Ah oui mais elle ne remplit aucun de mes critères, en fait!)
– pas moche non plus, je suis une fille quoi!
– vendu par un concessionnaire qui semble parti pour durer, pas dans une boutique avec une enseigne en carton qui changera douze fois dans l’année. (Comme je ne suis vraiment pas mécano, je voulais avoir quelqu’un à embêter au moindre petit bruit suspect)

Ah, j’ai bien envisagé le tricycle un moment, le truc avec lequel on ne peut pas tomber, mais ils étaient hors de prix, je trouve ça très moche, beaucoup trop encombrant, et surtout, tellement lourd que je n’arriverais sans doute jamais à bouger un engin pareil tant qu’ils n’auront pas une marche arrière. Exit, le tricycle.

Mon choix s’est finalement fait très facilement car grandes roues + pas cher + mignon = Peugeot Tweet!

IMG_1995

J’ai commandé la bestiole -125cc et coloris « chestnut », comme sur la photo- chez Mondial City à Arts et Métiers parce que c’est pas loin de chez moi, et qu’on m’avait recommandé cette enseigne. Bonne pioche: on est très bien reçu et conseillé, c’est une très bonne adresse pour les novices car on prend le temps de vous expliquer plein de choses.

Avant de découvrir la vie sur deux-roues il fallait que je suive une formation de sept heures en moto-école (obligatoire pour les nouveaux conducteurs de scooter 125) Bien sûr, la décision de passer au scoot m’est venue en plein mois de janvier, et il faisait un froid polaire, alors j’ai attendu un peu… mais piégée par des prévisions météo un peu optimistes -et par mon impatience- je me suis inscrite pour une session vers le 20 février. Et j’ai donc passé la journée à claquer des dents et à sentir mes genoux s’entrechoquer. Ok y’ avait la peur, aussi! J’étais terrifiée, entre autres parce que la moto-école nous fournissait des scooters ÉNORMES (des Yamaha X-Max en fait, donc rien de si terrible; mais ce jour-là ils me paraissaient taillés sur mesure pour Mad Max et pas du tout compatibles avec mon mètre soixante huit et mes petits bras pas très musclés)
A part ça j’étais la seule fille sur les six qui passaient leur formation ce jour là, et la seule vraie débutante aussi. Ce qui fait beaucoup. (la tête que j’ai dû faire en arrivant devant Zébra de bon matin et en découvrant devant la vitrine cinq grands balaises dont quatre en blouson de moto renforcé de partout)
Malgré tout, l’ambiance était très sympa, et grâce à la patience du moniteur, ça s’est très bien passé et j’ai décroché mon « certificat d’aptitude à la conduite de motocyclettes » ( ça faisait longtemps que je n’avais ni lu ni entendu ni écrit ce mot!) ; je suis persuadée que si je n’avais pas suivi cette initiation je serais tombée dans les cent mètres après la sortie du magasin, le jour de la livraison du bébé. Mon beau-fils qui est à deux-roues depuis longtemps m’a accompagnée pour aller le chercher et m’a obligée à faire une petite balade (très sympa: République, le Magenta, le Faubourg Saint Martin, vers 17h30 un vendredi) Mo si tu me lis, je t’en ai voulu de ne pas me laisser rentrer tranquillement chez moi en cherchant les petites rues désertes. Mais ça m’a été très utile et depuis je te jure que je dépasse très souvent les 20km/h!

Parmi les précieux conseils que le moniteur de Zébra et les copains scootaddicts m’ont donnés et que je suis toujours scrupuleusement, il y a ceux ci:
1/ ne jamais rouler tout près des voitures en stationnement. Se prendre une portière à 50km/h c’est un peu comme un mur. Y’a un type qui piaffe derrière parce qu’il voudrait doubler et qu’il n’a pas la place? Il se débrouille. Fuck. *
2/ ne jamais rouler sans gants. Même par 35 degrés. Parce que quelle que soit la façon dont on tombe, on met TOUJOURS ses mains en avant pour amortir le choc.
3/ ralentir aux croisements, y compris quand le feu est vert. On n’a pas dit passer chaque carrefour à une allure d’escargot neurasthénique, hein, mais ralentir ça laisse le temps de voir arriver le c@!#%¥~&; qui s’apprête, lui, à griller son feu rouge. Souvent un vélib d’ailleurs, enfin je dis ça je dis rien.
4/ toujours envisager ce que les gens autour peuvent faire de pire. C’est un peu pessimiste comme vision de la vie, mais je vous jure que ça marche. Le piéton qui rêvasse au bord du trottoir? Il va traverser juste dans mes roues. Le type en voiture qui est au téléphone et qui cherche son chemin: non, il ne m’a sûrement pas vue, et il va tourner au dernier moment et sans clignotant. Ou piler très sec parce que le feu rouge non plus, il ne l’a pas vu. La dame qui vient de monter dans sa voiture 50m plus loin? Elle va en ressortir dans deux secondes parce qu’elle a oublié son pain. Sans forcément penser à regarder derrière elle quand elle ouvre sa portière.

Il faut que je vous avoue un truc: les deux premiers mois, j’étais complètement terrifiée. Limite mal au ventre chaque fois que je devais sortir de mon arrondissement.
– dès que je dépassais les 30km/h j'avais l'impression que j'allais m'envoler (en fait, le scoot fait dans les 120kg et moi 58, donc on est assez à l'abri)
– à chaque fois que je le garais sur un emplacement un peu en pente, j'étais sûre que j'allais le faire tomber. Sur mes pieds, tant qu'à faire. Mais non, il s'est juste posé une fois contre une barrière (d'ailleurs merci, la barrière) au tout début. Et j'en ai bavé pour le redresser. 120kg, c’est vraiment lourd.
– dès que je descendais sous les 10km/h j'étais tentée de poser mes pieds au sol de peur de tomber (j'ai donc massacré un certain nombre de semelles de chaussures). Erreur: on peut très bien rouler à 3km/h, le scooter ne se couche pas tout seul! Maintenant je le sais. Et j'attends d'être arrêtée pour poser les pieds; mes souliers me remercient, mon cordonnier moins.
– et puis le plus terrible, c'est les virages. Quand on est scootériste débutant, on ralentit beaucoup pour tourner. Et donc, quand on se penche, l'histoire de la force centrifuge toussa fait qu'on peut vraiment tomber bêtement. Parce que pour se pencher sans tomber, faut un minimum de vitesse. Quant à prendre un virage sans pencher, c'est pire, parce que vous allez ressortir très très au large, en gros sur la file d'en face s'il y en a une, ou sur le trottoir. On ne PEUT PAS tourner en restant droit comme un I, sauf quand on est vraiment au pas. Ben ça, ça a bien mis six mois à me rentrer dans la tête. (La faute au casque, peut-être?)

En tout cas, ça fait bientôt trois ans qu'on fait équipe, le Tweet Chestnut et moi. Je n'ai plus peur quand je dois traverser Paris, même en passant successivement par République, la Concorde et l'Etoile. Il est très facile à conduire, plutôt confortable, sauf sur les pavés où la suspension un peu sèche le fait sautiller comme un cabri. Parfois, il est chargé comme un mulet, mais il est vaillant et ne rechigne pas. L'été je l'abandonne deux mois dans le garage et à mon retour, il démarre sans se faire prier au troisième coup de démarreur, du coup je n'ai jamais eu l'occasion de me prendre pour un motard, un vrai, en utilisant le kick. Et ça me va très bien comme ça! Rouler dans Paris quand il fait beau, prendre les quais et se dire qu'on a vraiment de la chance d'être là, insulter un ou deux chauffards à vélib pour être parfaitement détendue… C'est vraiment chouette. (Comme vous l’aurez compris, j’ai une dent contre les vélib.)

Les + : plus de bouchons, moins de problèmes de stationnement! Un gain de temps infini, qui vaut largement tous les « – » ci-dessous. En bonus: le passage à la station service avec le sourire: pour moi un plein c’est 6€, et comme je ne fais que des petits trajets dans Paris ça me dure longtemps. (Non, je ne sais pas combien ça consomme: quand y’a plus d’essence, je fais le plein et comme c’est indolore, je suis contente. Je suis toujours une vraie fille) Cherry on the cake: le stationnement est gratuit!

Les – : c’est dangereux, même en étant très attentif. Quand il pleut, on s’habille en Robocop et on est quand même mouillé; quand il fait très froid, ben on a froid (mais l’arme fatale c’est le vrai bon caban breton, je n’ai pas trouvé mieux contre le froid ni contre la pluie); ça ne pousse pas à s’habiller en fille, rapport aux mises en garde du monsieur de la moto-école sur les bas ou collants qui se fondent littéralement dans la peau en cas de chute, description gore à l’appui; du coup c’est robe et jambes nues l’été, et pantalon la plupart du temps.
Si on n’a pas de parking, les vols sont fréquents, surtout pour certains modèles. Donc, acheter un scooter qui ne fait pas fantasmer les voleurs! L’assurance tous risques coûte un bras surtout pour les nouveaux conducteurs de deux-roues. (Bon moi vu que j’ai vraiment tout tout tout assuré, c’est 480€ à l’année. Mais si je ruine mon trench, il est remboursé. Ah oui, ça compte!)
Il n’y a pas assez de stationnements dédiés dans Paris donc on se gare sur les trottoirs en essayant de ne pas trop gêner. (Mais la maréchaussée est assez tolérante: un pv en trois ans pour moi, ce qui nous fait trois années de stationnement assez anarchique à 35€, c’est cadeau!)

Mes bonnes adresses:

Zebra moto-école les meilleures formations 125 de Paris. L’école est dans le 20ème mais vous emmène dans un minibus de rock star au circuit Carole où se déroulent les cours. Très pro et très chaleureux.

Mondial City pour acheter votre fidèle destrier. Le magasin de la rue de Turbigo est super, le vendeur est très gentil, très efficace et ils s’occupent de tout avant et après l’achat. (Réviser le scoot, installer le tablier que je suis incapable de fixer toute seule, vérifier les pneus…) Ils vendent aussi les casques, antivols, gants, et tout le toutim.

* « fuck » est un juron très pratique quand on est une fille en deux-roues. Celui à qui on l’adresse, accentué d’un bon coup de klaxon , après une crasse genre déboîtement sans clignotant, le lit moins facilement sur vos lèvres que « connard » et autres noms d’oiseaux (qu’il mérite pourtant). Parce que vous êtes une fille et que vous n’êtes pas enfermée dans une voiture verrouillée, ça a son importance!

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