Opéra

Opéra: Faust à la Bastille

Il y a une dizaine de jours, j’ai reçu un mail de l’Opéra de Paris proposant des places pour Faust, de Gounod, avec sur certaines dates une offre alléchante: une place achetée, une place offerte. Je n’ai pas hésité longtemps avant de sortir ma carte bleue et de prendre deux places pour lundi soir.

Cela faisait une éternité que je n’avais franchi les portes de l’Opéra Bastille, car pour tout vous dire, je suis incapable de réserver des mois à l’avance (est-ce que je sais, moi, où je serai et si j’aurai envie d’aller à l’Opéra le 4 décembre à 19h30?!). Donc, quand je me réveille et réalise qu’un des mes opéras favoris se joue bientôt, en général c’est complet et je regrette de n’être pas mieux organisée.

Bref, lundi soir avec mon amie mamzelle N, nous avons donc assisté à une représentation de Faust avec la distribution suivante:

Michel Plasson Direction musicale
Jean-Romain Vesperini Mise en scène
Johan Engels Décors
Cédric Tirado Costumes
François Thouret Lumières
Selin Dündar Chorégraphie
José Luis Basso Chef des Choeurs
Piotr Beczala Faust
Ildar Abdrazakov Méphistophélès
Jean-François Lapointe Valentin
Damien Pass Wagner
Krassimira Stoyanova Marguerite
Anaïk Morel Siebel
Doris Lamprecht Dame Marthe
Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Paris

Après avoir pris les places, j’ai lu ici et là des critiques pour le moins inquiétantes visant souvent la mise en scène, parfois les costumes, mais assez rassurantes quant à l’essentiel: le chant. C’est donc un peu anxieuses que nous nous sommes installées au parterre, devant cette scène toujours très impressionnante. C’est que ça peut être très long, trois heures!

Pour tout dire la mise en scène ne m’a pas dérangée outre mesure, puisqu’elle m’a surtout semblé inexistante. Alors bien sûr c’est souvent un compliment que de dire à un metteur en scène « ton travail est formidable, on ne le voit pas, bravo! ». Quand on oublie qu’il y a une MES, c’est que le jeu, les effets, les déplacements sont naturels et fluides, évidemment c’est une bonne chose. Mais le hic, c’est qu’à l’Opéra, on attend toujours de l’inventivité, des surprises! Ici, elles sont absentes: rien de choquant, mais rien de bien ébouriffant non plus.

Ce qui m’a franchement mise en colère, ce sont les costumes! La première idée que j’ai eue, c’est qu’ils avaient été récupérés dans les réserves de Bastille et dataient d’une autre production, et qu’on les avait distribués aux artistes sans essayage ni retouche. La crise, ma bonne dame. Et puis une autre pensée  m’est venue: le responsable du choix des costumes a forcément une dent contre Krassimira Stoyanova/Marguerite. Je ne sais pas ce qu’elle a fait pour mériter ça, mais la pauvre soprano est affublée durant les premiers actes d’un pull bleu trop petit, d’une jupe marron informe et de souliers grossiers, le tout lui donnant une silhouette pataude et vraiment pas glamour. La grâce de Marguerite, « la belle enfant » est bien, très bien dissimulée sous ces oripeaux! Du coup on a du mal à croire au coup de foudre de Faust pour la demoiselle, ce qui rend le début de l’oeuvre un peu surréaliste.

La première partie (actes I, II et III) manque assez d’entrain et de morceaux de bravoure pour les chanteurs et paraît franchement longuette, malgré quelques jolis moments. La scène de la kermesse est réussie, enlevée, -pas seulement parce que nous avons réussi à y repérer un ami danseur!- et  déride quelque peu les spectateurs. Les voix sont absolument magnifiques, mais il manque ce je-ne-sais-quoi qui vous donne la chair de poule et les larmes aux yeux. Krassimira Stoyanova et Piotr Beczala sont pourtant extraordinaires, mais ça ne fonctionne pas tout à fait comme on l’espérait.

Heureusement les deux derniers actes sont plus mouvementés et la seconde partie est enfin à la hauteur de ce qu’on attend d’une telle production (hormis les costumes, pas tellement plus réussis que dans les premiers actes… ). L’air de Marguerite « Il ne revient pas » est magnifiquement interprété; le choeur « Gloire immortelle de nos aïeux », un des airs célèbres de l’oeuvre, dégage enfin la puissance nécessaire à faire frémir la salle, et la suite est à la hauteur. Les chanteurs ont « à manger » comme on dit, et nous on se régale.

On en sort donc conquis, emballé par cette seconde partie bien plus émouvante, qui efface la déception des premiers actes.

Finalement, on passe une bonne soirée, à condition d’être un peu patient. Ou avais-je écouté trop fort, dans la journée, l’enregistrement avec Placido Domingo et Mirella Freni pour avoir cette sensation de manque de puissance à la fois dans les voix et dans l’orchestre?

Cela dit, je préfère finir sur une bonne impression après un début laborieux plutôt que l’inverse!

Juste au moment des saluts, un petit accès de colère (encore!) contre les trop nombreux spectateurs qui se permettent de sortir le dernier air à peine terminé… Qu’on ait aimé ou pas le spectacle auquel on vient d’assister, quand on vient de passer trois heures trente à l’opéra, il me semble qu’on peut encore attendre cinq minutes (il était clair que les saluts ne déclencheraient pas d’hystérie collective et que les applaudissements ne dureraient pas éternellement) par respect pour le travail des artistes et pour les autres spectateurs. Notion qui échappe visiblement à nombre de clients de l’Opéra Bastille, trop pressés d’aller dîner/d’attraper un métro ou un taxi/de récupérer leur voiture au parking. Notre pensée du jour fut donc « Si t’as pas le temps, reste chez toi. » (Nan mais)

Pour bien terminer la soirée nous avons bu un verre avec notre ami R qui danse dans le spectacle puis, puisqu’il était trop tard pour aller déguster nos huîtres chez Bofinger, nous avons « débriefé » autour d’un burger aux Grandes Marches, dont les cuisines n’avaient pas encore fermé (à presque une heure du matin un lundi soir, c’était in extremis!)

En pratique:

« Faust » de Gounod à l’Opéra Bastille, jusqu’au 28 mars 2015.

Première partie: 1h45 (actes I, II et III)

Entracte 35mn

Seconde partie: 1h20 (actes IV et V)

Pour dîner après les spectacle:

Bofinger

5-7 rue de la Bastille, Paris 4ème

01 42 72 87 82. (Service jusqu’à minuit en semaine)

Les Grandes Marches

6 place de la Bastille, Paris 12ème.

01 43 42 90 32. (Service jusqu’à une heure en semaine)

"Faust" à l'Opéra Bastille: les saluts. 9 mars 2015 photo © Charlotte Spillemaecker.

« Faust » à l’Opéra Bastille: les saluts, 9 mars 2015 © CharlotteSpill.

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