Cinéma

« Papa was not a Rolling Stone »: retour vers les 80’s

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Il y a quelques jours j’ai regardé « Papa was not a Rolling Stone » en VOD  et il faut que je vous explique pourquoi je me suis ré-ga-lée comme rarement devant une comédie sociale/romantique/dramatique française.

Sylvie Ohayon a grandi à la Courneuve, dans la célèbre Cité des Quatre Mille. Elle a fait des études, a travaillé dans le marketing, puis écrit des livres, dont « Papa was not a Rolling Stone » qu’elle a ensuite adapté au cinéma.

C’est l’année de son bac qu’elle raconte dans le film, l’année 1987, l’année où son connard de beau-père (pardon mais quiconque a vu le film sait qu’on peut difficilement trouver un qualificatif un peu poli pour le rôle joué par Marc Lavoine) quitte sa mère, qui fait une dépression, l’année où l’héroïne tombe amoureuse d’une petite frappe (gentil garçon au demeurant, mais qui fait quand même un peu de prison) et enceinte par la même occasion, l’année où elle passe une audition devant Jean-Luc Lahaye et Reda, elle qui rêve de danser sur le plateau de Champs Elysées (!), l’année où elle bûche comme un forçat pour obtenir la mention très bien au bac, le sésame qui lui offrira la désectorisation tant désirée, etlui permettra de franchir le périph pour venir étudier à la Sorbonne avec les rejetons des beaux quartiers en Weston.

Dans le film, la jeune fille s’appelle Stéphanie et est jouée par Dora Achour, merveilleuse de force, de détermination, lumineuse. Sa meilleure copine, Fatima, campée par Soumaya Bocoum est épatante, truculente, une nature! Tous les acteurs sont très bien, à commencer par Aure Attika en mère paumée, immature et un peu barrée, mais efficace quand il n’y a plus le choix.

La vie au coeur d’une cité comme les Quatre Mille n’était sans doute pas un long fleuve tranquille dans les années 80 (et ça n’a pas dû s’arranger depuis) mais la réalisatrice ne tire pas son film vers le pathos ni l’excès de nostalgie et évite habilement les clichés habituels des « films de banlieue ».  Petit bémol sur la forme: je trouve la mise en scène un peu mollassonne et la photo moyenne. Ceci dit, j’aurais râlé contre l’esthétisation à outrance si la photo avait été trop belle (jamais contente, moi?) parce que la laideur de l’environnement joue un rôle dans le destin des personnages.

Les dialogues en mode « vas-y » « sa mère » et « fais pas ta pute » ont pas mal fait bougonner la blogosphère cinéphile, mais ces gens s’imaginent peut-être que les ados d’il y a trente ans, de l’autre côté du périph, jonglaient avec l’imparfait du subjonctif tout en faisant des roues arrières sur leur Peugeot SV.

Je n’ai pas grandi à La Courneuve, et même plutôt assez loin de là, mais j’ai retrouvé tout ce qui faisait nos années 80, et pour moi une grande partie du charme de ce film: les Peugeot SV dont on rêvait tous, les doudounes Chevignon, les mocassins Weston camel, les 501 délavés, les Americana High d’Adidas, les téléphones à cadran ET à fil… Et puis surtout, malgré les galères des personnages du film, cette forme d’insouciance qui est pour moi caractéristique de cette décennie 80, l’impression que tout était encore possible, y compris pour les moins privilégiés. J’avais douze ans en 1987, j’étudiais dans un collège privé catholique où l’on portait tous les fameux mocassins Weston alors mon regard sur les Quatre Mille n’est pas vraiment celui d’une connaisseuse, mais ce film m’a beaucoup touchée, parce que ses acteurs ont la grâce et sans doute surtout parce que cette décennie était celle du début de mon adolescence, des grandes amitiés, des premiers concerts… dont ceux de Jean-Jacques Goldman qui joue, sans apparaître à l’image, un rôle important dans le film. « Envole moi » et « Puisque tu pars », qui finissaient par chuinter dans nos Walkman tant les cassettes étaient usées, ont une résonance toute particulière dans l’histoire de Stéphanie.

En résumé, « Papa was not a Rolling Stone » est un très joli film, loin d’être un remake des habituels « banlieue movies » (La haine, Ma 6té va craquer, Tout ce qui brille ou L’esquive) avec un regard différent et plus tendre sur ses personnages. A voir en sirotant un Banga bien frais!

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2 réflexions au sujet de « « Papa was not a Rolling Stone »: retour vers les 80’s »

  1. Trop de chance, toi tu as eu la panoplie 501-Weston-Chevignon ! Bon, j’avais quand même eu les Americana montantes quand j’étais en 5ème, mais le Saint-Graal 501, jamais, snif… (et encore moins le reste :o(
    Merci pour la critique, car quand j’ai vu l’affiche et la BA, ça m’a vraiment donné envie (j’avais 16 ans en 87).

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