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Pratique: les Do et les Don’t du photographe débutant 

C’est en écrivant la fin de mon article « ma vie de photographe » que j’ai eu l’idée de celui-ci. Parce qu je reçois régulièrement des mails de jeunes qui veulent faire ce métier et qui cherchent soit un stage, soit des conseils. Je ne suis pas une « jeune photographe » (de fait, je ne l’ai jamais été!), mais je suis encore une photographe débutante, vu que l’étincelle s’est allumée un peu tardivement chez moi, vers 34 ans… Alors voilà, jeune Padawan, je ne peux pas prendre de stagiaire parce que si tu n’as pas de chance tu tomberas sur la période où je n’ai pas de boulot donc je n’aurai rien à te montrer. Par contre je peux te donner quelques conseils -de débutante senior à débutant junior- que je tire directement de mes cinq années de pratique, cinq années qui je te le rappelle, ne sont que le début (de la gloire ou des ennuis, question de karma)

D’abord, si tu ne chéris pas ton appareil photo comme la prunelle de tes yeux et la huitième merveille du monde réunies, si tu ne lui parles pas (et gentiment) reprends vite des études de n’importe quoi d’autre, finance, plomberie, anthropologie ou force de vente, car selon moi tu n’as pas le quart du début d’une prédisposition.

Maintenant, venons-en aux choses sérieuses.

Les Do:

– Au début de ton embryon de carrière, multiplie les tests. (pour les non photographes, les tests sont des séances où personne n’est rémunéré mais qui permettent d’avoir de bonnes images à mettre dans le book de chacun des participants: photographe, modèle, maquilleur, coiffeur, styliste…) Mais par test, j’entends de vraies bonnes séances, pas des trucs improvisés à l’arrache entre deux cafés avec les copains. On s’applique, on bosse. Tu n’as pas encore de book ou presque alors ces images seront ta carte de visite pour de futurs boulots.

– si tu veux faire dans la mode et/ou la beauté, constitue-toi une bonne équipe: l’indispensable maquilleur évidemment, mais aussi un coiffeur et des stylistes, retoucheurs, bref des gens sympas, compétents et motivés, qui en sont plus ou moins au même stade que toi et avec qui tu vas installer une émulation et un esprit de groupe qui seront bons pour tous. On ne peut pas bosser toujours en solo, c’est pas humain, il faut savoir s’entourer. Si un des membres de ta team n’est disponible que deux demi-journées par an, trouve lui un remplaçant, ou au moins une doublure. Le jour où un modèle canon et une bonne styliste te contacteront pour organiser un test après-demain et que ton make-up artist te répondra qu’il n’est pas libre avant six mois, ce sera trop tard pour râler.

– donne toi un an, ou six mois, ou deux ans, bref prévois une période où tu accepteras tous les tests, les collabs, les plans gratuits, les stages, tout ce qui va te permettre de roder ta pratique: tes lumières si tu bosses en studio, tes placements si tu travailles sur du spectacle ou des plateaux, ta façon de diriger ton modèle (plutôt dans la force ou dans la douceur, plutôt adepte de la technique « grande gueule » ou de la rigolade?), ton style de retouches… C’est aussi là que tu vas déterminer ce que tu aimes. On n’est pas photographe « de tout », il y a des choses qu’on fait bien et d’autres pas. Par exemple, j’ai fait une tentative de photo d’archi, les images étaient nulles: ça n’est pas mon truc, je ne vais pas essayer de me placer si j’entends quelqu’un qui cherche un photographe pour shooter un bâtiment.

-débrouille toi pour avoir un beau site web clair, avec une ergonomie très simple (ta grand-mère doit pouvoir naviguer dedans sans appeler à l’aide)

-passé cette période d’exploration et de rodage, tu es photographe. C’est ton métier, et ton gagne-pain. Tu te feras donc payer pour ton boulot. Mais oui.

-sers-toi des réseaux sociaux et des réseaux tout court. Tu veux faire de la beauté et tu rencontres à une soirée un type qui raconte son projet de lancer une marque de maquillage bio? Tu vas l’aborder tout de suite. Et tu as des cartes de visites sur toi, bien sûr. Avec dessus l’adresse de ton portfolio, où figurent les belles photos que tu as faites pendant ta période de tests. Et uniquement les belles photos. (il vaut mieux en avoir peu mais être super sélectif plutôt que de vouloir tout montrer et de laisser passer des images moyennes.)

-si tu participes à des concours photo, pensant que la gloire est à portée de main, lis le règlement en entier. Oui oui, même les tous petits caractères qui piquent les yeux en bas des pages. Parce que bien souvent, rien qu’en y participant, tu cèdes tes droits sur tes photos pour tous les usages possibles et imaginables à l’organisateur du concours (une banque, un conseil régional, un office de tourisme…) qui peut, si ça lui chante, les utiliser pour une campagne de pub monstre ou pour fabriquer des mugs promotionnels sans que tu puisses récupérer le moindre centime (ou peut être après 10 ans de procédure qui t’auront coûté un bras et fait perdre tes cheveux)

-si tu shootes dans des évènements où il y a d’autres photographes, sois sympa avec tes collègues. Tu es le nouveau qui débarque, ils n’ont aucune raison de t’aimer. Mais si tu es bon camarade et que tu ne marches pas éhontément sur leurs plates-bandes, certains de nos confrères peuvent être chouettes, voire te gratifier de deux ou trois conseils, voire te mettre sur des coups (évidemment ce sont des jobs qu’ils ne peuvent pas faire ou qui ne les intéressent pas, mais pas forcément pourris!) De toute façon, c’est un métier de solitaire et rien que cinq minutes de conversation entre collègues parfois, ça fait du bien.

-si tu travailles en studio ou dans un lieu où c’est faisable, mets de la musique pendant tes séances. Prépare des playlists variées (rock, électro, classique, variété…) et demande à ton modèle ce qu’il aime, voire laisse lui la main pour qu’il se sente à l’aise. C’est fou comme ça change l’ambiance d’un shooting. Et si tu as disposé dans un coin quelques friandises et de quoi préparer du thé et du café, ton client et ton équipe seront heureux. Et ça, c’est le début d’une bonne séance.

-si tu utilises les logiciels Adobe (Bridge, Photoshop, Lightroom et tous les copains) prends de temps en temps une demi-journée pour faire tes mises à jour et suivre quelques-uns de leurs tutoriels qui sont très bien faits et hyper instructifs. On ne peut pas découvrir toutes les subtilités de ces outils fantastiques juste en travaillant avec, parce qu’on utilise presque toujours les mêmes fonctions; les vidéos d’Adobe permettent de découvrir des astuces qu’on n’aurait jamais trouvé seul et qui pour certaines facilitent vraiment la vie!

Les Don’t:

-quand on te demande quel est ton métier, ne prends pas un air gêné pour bredouiller d’une petite voix « hum… je… je fais un peu de photo ». Non. Tu es photographe, point barre. Tu le dis (fièrement) et tu es crédible. (Si on te demande si c’est vraiment ton métier, et si « tu arrives à en vivre », tu dis oui. Rien ne t’oblige à parler du job de vendeur à mi-temps qui te permet de remplir ton frigo.)

-quand tu reçois tes premières demandes de devis, ne cède pas à la tentation de proposer un prix ridicule pour remporter le job. D’abord parce qu’il y a de très grandes chances pour qu’un confrère, un « semi amateur » (ne me demande pas ce que ça veut dire, je n’en ai pas la moindre idée, mais ça existe) ou le cousin du client propose un tarif encore plus bas, voire pas de tarif du tout. Ensuite parce que si ça marche, tu vas te retrouver à travailler pour des clopinettes en ayant fait passer le message suivant: » je suis un photographe médiocre, mais pas cher. » Est-ce vraiment l’image que tu veux renvoyer? Mmmm?

n’adopte pas non plus tout de suite des tarifs de star, car soyons clairs, tu n’en es pas une. Et pour ce que j’en sais, ça n’arrivera pas tout de suite. Un jour je discutais avec un photographe célèbre que j’admire énormément et qui me demandait comment ça marchait pour moi; je lui réponds que bof, ça pourrait être pire mais c’est pas la fête non plus. Et là le garçon me demande depuis quand je travaille. « Quatre ans, quatre ans et demi…  » Voici sa réponse: « ben moi j’ai commencé à bosser vers 17 ans et ça marche fort depuis une quinzaine d’années, pas plus. » Le photographe en question s’approche de la soixantaine. Bon.

ne prends pas de boulot en dessous d’un certain prix. C’est hyper difficile à déterminer, mais c’est important. Fais comme Linda Evangelista, qui disait qu’elle ne sortait pas de son lit pour moins de 100 000 dollars (euh fais pareil sur le principe, pas sur le montant. Enfin pas tout de suite) Et si tu acceptes exceptionnellement un job mal payé, pour rendre service à un copain ou je ne sais quelle raison, assure-toi au moins que ça va être sympa à faire, que l’équipe est cool, et/ou que les images vont te servir à quelque chose.

-ne crois pas les gens qui n’ont pas de budget pour te payer une séance mais qui te promettent monts et merveilles si tu acceptes de la faire quand même (te présenter la rédac chef du Vogue, t’avoir des -50% dans les boutiques du boulevard Beaumarchais, t’envoyer des clients blindés jusqu’à la fin de tes jours…) Une fois que ces gens auront eu leurs photos, tu n’entendras plus jamais parler d’eux, juré.

-n’essaye pas de trouver un agent en espérant que ça va t’aider, tu perdrais ton temps. Les agents de photographes (en pub, mode, événementiel) veulent choper des gens qui ont déjà de gros clients pour faire du bon business tout de suite. L’agent qui te prend quand tu es tout petit, qui va te trouver des contrats et t’aider à grandir et à devenir une star n’existe plus, je crois. En tout cas, il ne répond jamais à ses mails.

n’accepte pas n’importe quel job sous prétexte que c’est toujours bon à prendre. Par exemple, j’en parlais plus haut, si j’entends parler d’un un architecte qui cherche un photographe pour shooter son dernier bâtiment, je passe mon tour. Parce que je ne sais pas faire, donc le client va être déçu, mais de mauvaises photos avec mon nom dessus circuleront pour les siècles des siècles sur la toile. Ca s’appelle se tirer une balle dans le pied.

-en parlant de pied(s), ne te laisse pas marcher dessus. Tu vas certainement, comme nous tous, découvrir un jour par hasard une de tes photos dans un magazine/sur un site web/en 4X3 dans le métro (c’est plus rare, mais va savoir!) Bien sûr, on est tenté de laisser filer, en se disant que le temps qu’on va perdre à essayer de récupérer trois sous pourrait être mieux employé (sauf pour le 4X3, mais bon…). Evidemment, si ça t’arrive au tout début de ton parcours, tu seras flatté qu’on ait choisi ta photo… Sauf que: il s’agit surtout de faire de la pédagogie -tendance coercitive, admettons- pour que les gens finissent un jour par comprendre que non, ça n’est pas parce qu’une photo circule qu’elle est à leur disposition. Tu découvriras la mauvaise foi sans limite des acteurs de la presse écrite notamment. Ils ont teeeeellement peu de budget, tu pourrais être un peu compréhensif. NE LE SOIS PAS, ne lâche rien, surtout pas quand tes images sont publiées sans ton accord dans un média payant: facture, relance. Ces gens te prennent pour une quiche. (si c’est un collégien qui a récupéré une de tes photos sur Google Images pour illustrer son blog, c’est pas pareil. Explique lui gentiment que c’est mieux s’il te demande ton autorisation, demande lui de mentionner ton crédit, et si tu es vraiment tendu, de retirer l’image…)

– quand tu as 205€ à dépenser, n’achète pas ta douzième paire de sneakers Serafini. Adhère plutôt à l‘UPP (Union des Photographes Professionnels) Car l’UPP, contrairement aux fabricants de chaussures, mettra à ta disposition un service juridique d’une efficacité redoutable qui relancera à ta place les gens qui, jusque là, te prenaient pour une quiche. Et qui, au premier courrier signé d’un juriste plutôt que de ta petite personne te feront un chèque illico et iront le poster dans le quart d’heure . Ou dans la semaine, ce qui est déjà une belle victoire.

Évidemment tout ça est purement théorique et chacun fait comme il veut. Et surtout comme il peut…

Sur ces bonnes paroles, je vais maintenant me consacrer toute entière à profiter de mon séjour en Bretagne, à bronzer, à me baigner, à faire du bateau et du vélo, à manger du homard et du tourteau, à goûter consciencieusement toutes les bières locales et à faire la fête.

Bon été à tous et comme on dit ici, « Kenavo et à tantôt »!

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