Théâtre

Soutenez le Vingtième Théâtre

La ville de Paris et la mairie du vingtième arrondissement ont pour projet, à très court terme, de fusionner le Vingtième Théâtre et le Centre d’animation de la rue des Amandiers, situé juste à côté, pour en faire, selon les termes de nos élus, un « ovni culturel » hybride censé accueillir des artistes émergents et les jeunes du quartier pour que ces derniers « s’impliquent dans le processus de création » et accèdent à la Culture, avec un grand C. Ce projet devait être débattu lundi 9 novembre, au conseil de quartier des Amandiers. Je dis « devait » car à mon sens, cette réunion n’a eu de débat que le nom.

Sur le papier, l’idée ne semble pas mauvaise. Mais pourquoi ne pas aller au bout des choses et créer cette »Fabrique » de toutes pièces comme la plupart des acteurs culturels du quartier le recommandent? Une histoire de moyens, soit. Mais faut-il vraiment, pour accoucher d’une nébuleuse artistico-sociale (ou devrais-je écrire « socialo-artistique?) supprimer deux lieux qui remplissent parfaitement leurs missions respectives? En clair, promettre la création de lieux culturels dans un programme électoral et finir par en supprimer deux pour n’en faire qu’un, n’est-ce pas se foutre du monde? Bizarrement, ni la maire du vingtième, ni ses adjoints, ni le premier adjoint à la culture de la ville de Paris n’ont su nous expliquer clairement POURQUOI selon eux il faut défaire ce qui fonctionne pour donner naissance à une entité somme toute bien mystérieuse, dont personne ne semble savoir comment (et encore moins si) elle sera viable. A cette question s’en ajoutent d’autres, tout aussi pertinentes, comme l’impact de ce projet sur la fréquentation du quartier et de ses commerces, le coût pour le contribuable des grands travaux nécessaires pour le mener à bien, les propositions faites (ou pas) à ceux qui ne sont pas ou plus des « jeunes du quartier » (après tout, les habitants du vingtième n’ont pas tous vingt ans ou moins..)

Il y avait foule à l’école des Amandiers ce lundi soir (malgré le changement d’horaire, annoncé in extremis le vendredi par la mairie…) et la grande majorité d’entre nous voulait manifester son soutien aux équipes en place, qui, rappelons le, ont fait un travail fantastique toutes ces dernières années. Le centre d’animation est éminemment utile; quant au théâtre, il attire 60000 spectateurs par saison, avec une programmation variée et de grande qualité, s’adressant à tous sans exclure aucun public. Y sont donnés des spectacles pour enfants, des classiques, des pièces en langue anglaise, des récitals de chanson, des concerts, du théâtre contemporain, bref, tout ce que les artistes proposent de plus populaire et de plus abouti à la fois.

Les élus présents à la réunion du conseil de quartier nous ont clairement fait comprendre que leur volonté serait faite, envers et contre tout. Pour preuve, l’absence totale d’écoute et de dialogue, conjuguée à un calendrier des plus serrés. Jugez plutôt: les aspirants à la direction de la Chose devront remettre leur projet en janvier 2016 ce qui, avouons-le, est un peu court pour réunir des équipes et plancher sur la destinée d’un lieu aussi vaste et devant répondre à des exigences aussi ambitieuses qu’accueillir la création émergente, héberger les compagnies en mal de lieux de travail, impliquer les jeunes du quartier dans ce fameux « processus créatif » (par exemple en construisant avec eux les décors de futures productions -ah, il y aura donc un atelier de construction dans le ventre de la bête) , proposer des activités accessibles à tous et néanmoins de haute volée…

Cette façon de procéder, cette pseudo-urgence, est particulièrement mal perçue car elle donne le sentiment que tout est réglé et que la « consultation » des premiers concernés est surtout destinée à faire passer la pilule. Le peu de réponses à nos questions -impression détestable que ce conseil de quartier n’était qu’un simulacre de démocratie participative alors que les décisions étaient déjà prises, et pourquoi pas le « casting » déjà fait- en ont exaspéré plus d’un. Malgré la sensation de parler à un mur les intervenants ont gardé leur sang froid, ce qui dans certains cas relevait de l’exploit. Le mépris dont ont fait preuve les élus pour les objections et l’inquiétude des habitants m’a semblé insupportable. La démocratie participative ne serait-elle qu’une vaste fumisterie démagogique? Apparemment, pas toujours. Ce soir là, trois fois oui…

Bref, puisque l’échange fut absolument nul, une pétition a été mise en ligne pour faire entendre une nouvelle fois les voix de ceux qui s’opposent à ce projet, du moins tel qu’il est actuellement présenté (soit dans le flou le plus complet)

Vous pouvez la signer ici:

Pétition en soutien au Vingtième Théâtre

Et bien entendu, je vous encourage à diffuser ce lien aussi largement que possible, parce que ce projet, ou plutôt cette vague ébauche, n’est pas acceptable en l’état.

Je précise pour ceux qui liraient cet article sans me connaître qu’étant photographe de spectacle j’ai la chance de travailler régulièrement au Vingtième Théâtre, ce qui explique que je m’attache plus à son avenir qu’à celui du centre d’animation. Et si évidemment je serais ravie de continuer cette collaboration passionnante et pleine de belles rencontres, ce n’est pas la raison qui m’a poussée à écrire cet article; je suis une habitante du vingtième, j’aime le théâtre qu’il soit privé, public, ou d’arrondissement, et ce n’est qu’à ce titre que j’exprime mon profond désaccord avec ce projet qui me paraît dénué de bon sens et inadéquat…

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6 réflexions au sujet de « Soutenez le Vingtième Théâtre »

  1. J’ai signé. Que leur a fait ce théâtre situé dans un quartier populaire où les lieux de culture sont inexistants, où se rencontrer n’a pas de lieu ? , La France n’est pas toujours pionnière en matière de création, elle copie bien souvent les modèles étrangers mais qui ne sont que de l’ersatz, au détriment de tout le foisonnement d’idées, d’inventions culturelles d’ici où son génie est toujours présent. Théâtre, ieu privilégié de débâts, d’échanges…Le théâtre devra se faire alors dans la rue… Si le pouvoir commence à « contrôler » aussi ce qui se passe AU THEATRE, alors pas de doute, une ère de muselage a bien commencé.

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