Humeur

Dans le bus 26

 

 

paris_bus_26_map_eutouring_sm

Ha, je vous ai bien eus, vous avez cru que j’étais décédée à la suite de ma participation au semi-marathon de Paris, n’est-ce pas? Que nenni, je suis toujours là, je l’ai même fini sur mes deux jambes (enfin disons sur une jambe et demie, ce qui n’est pas si mal) et ça fera peut-être l’objet d’un prochain article.

Mais ça n’est pas mon sujet du jour, non. Je voulais vous raconter un épisode vécu hier et qui m’a mis du baume au coeur. Je rentre de presque trois semaines en Bretagne et comme d’habitude, les premiers jours à Paris j’ai un petit « mood lag », c’est à dire qu’en gros je déteste tout le monde, et la ville avec; mais merci la vie, on dirait que la météo est d’accord pour m’aider un peu cette fois-ci (je vous ai déjà dit que l’influence de la météo sur mon humeur était complètement démesurée? Non? Eh ben je vous le dis maintenant).

Hier j’ai eu besoin de laisser ma voiture au garage pour une petite réparation, l’accoudoir central refusait de se bloquer dans la position choisie. (C’est pas grand chose, mais une fois habituée à conduire avec le bras confortablement posé là-dessus, on ne peut plus s’en passer… D’autant que je suis trop petite pour pouvoir poser le coude gauche sur la portière et tenir le volant en même temps!) Donc, je dépose ma voiture dans la matinée et je rentre chez moi en bus. Et en fin d’après-midi, je reprends le bus dans l’autre sens pour aller récupérer le carosse.

Je prends peu les transports en commun, parce que je roule plutôt à scooter dans Paris, et que je marche beaucoup aussi… comme la foule m’angoisse, et les gens qui font la gueule encore plus, j’évite le métro autant que possible et j’ai assez peu l’occasion de prendre le bus.

Les véhicules ont été renouvelés sur la ligne 26, maintenant on a de grands bus à soufflet, du coup hors heures de pointe il y a des places assises et c’est plutôt confortable. J’ai un peu l’impression d’être une touriste dans la ville (les gens de la RATP si vous me lisez, rendez-nous les autobus à plateforme, c’était tellement bien!). Installée dans un carré de quatre, j’écoute la radio où un militant féministe donne son sentiment sur le recul du droit des femmes en France, puis sur l’atmosphère générale dans l’hexagone. Il parle d’intranquillité, d’angoisse chronique, d’hyper vigilance -tout ça gentiment démultiplié par les réseaux sociaux- attentats, chômage, politiques pourris ou dans le meilleur des cas inefficaces, c’est vrai qu’on ne rigole pas tous les jours en regardant les infos. Mais non, dit-il, les français ne sont pas plus xénophobes qu’avant, non, il n’y a pas lieu de s’affoler quant à la montée du FN « parce qu’on est un peuple de râleurs mais qu’on n’est pas assez idiots pour aller jusqu’au bout », non, on n’est pas du tout dans une période de crispation identitaire ni de rejet croissant de l’autre (j’aimerais en être aussi convaincue que lui!) bref, cet homme est d’un optimisme salvateur. Lors d’une pause dans l’émission, j’entends dans mes écouteurs les premières notes de « Revoir Paris » de Trenet. Dehors il y a un grand soleil et le vingtième arrondissement s’agite. Je rêvasse et je regarde autour de moi. Mon voisin asiatique ne cesse de déplacer son caddie dans l’allée pour laisser passer les voyageurs qui vont descendre. En face de moi, une dame en boubou décoche un sourire radieux à tous ceux qui croisent son regard. Et à côté d’elle, un jeune beur en survêtement blanc, Air Max flambant neuves et casquette Lacoste se lève comme un ressort pour laisser sa place à une petite mamie qui se confond en remerciements et lui fait des clins d’oeil en lui donnant du « mon garçon ».

Ne ricanez pas, j’ai senti les larmes me monter aux yeux en assistant à ces petites scènes. Bon, c’est vrai que je suis un brin émotive et que Charles Trenet peut vite me faire flancher… mais quand même, hier dans ce bus je me suis dit que ce pays, et cette ville, étaient sacrément chouettes pour peu qu’on les regarde autrement que par le prisme de BFM Télé. Tout n’est pas si pourri finalement, j’en ai eu des preuves et ça m’a mise de bonne humeur pour le reste de ma journée. Et là, en écrivant ce billet, ça fonctionne encore.

Note pour plus tard: penser à prendre le bus la prochaine fois que j’aurai besoin d’un shoot de bonne humeur et d’humanité.

Et ne plus jamais se moquer de NKM et de ses moments de grâce dans le métro.

Allez, c’est cadeau:

Charles Trenet, « Revoir Paris »

A la prochaine, mes amis!

Publicités

5 réflexions au sujet de « Dans le bus 26 »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s