Culture

« Sukkwan Island » de David Vann

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J’ai dévoré ce roman en deux soirées. Ca faisait pourtant un moment -trois ans, pour tout vous dire- que « Sukkwan Island » m’attendait dans la bibliothèque.  Je n’arrivais pas à le démarrer. Je sais pourquoi: j’appréhendais la noirceur, l’intolérable suspense, la violence dont ce livre est auréolé. Et j’étais loin de m’imaginer ce qui m’attendait!

Un père démissionnaire et un peu loser, Jim, décide de reprendre sa vie en main et de se rapprocher de son fils de treize ans, Roy. Pour ça, il a choisi d’acheter une maisonnette posée sur une île du sud de l’Alaska: Sukkwan Island. L’endroit est accessible uniquement par bateau ou hydravion, il y fait un froid glacial en hiver, des ours rôdent, mais Jim se dit que vivre sur Sukkwan avec Roy pendant une année est une bonne idée, pour lui, pour le jeune garçon, et pour leur relation visiblement compliquée. Mais la vie de Robinson ne s’improvise pas, et encore moins dans un lieu si hostile…
Dès leur arrivée sur l’île, Roy comprend que son père n’a pas anticipé toutes les difficultés auxquelles ils vont être exposés durant ce séjour. Construire un abri pour le bois de chauffage, se procurer de la nourriture et la protéger des ours, tout est bien plus éprouvant que ce qu’il avait imaginé. Et ce n’est pas le pire: les cauchemars de Jim, les démons qui le hantent, eux aussi, les ont accompagnés sur l’île.

La dramaturgie de ce roman est absolument exemplaire… La tension monte sans qu’on sache précisément pourquoi, une catastrophe se profile sans qu’on imagine ce qu’elle va être. On est happé par le récit, le style est plutôt brut, il nous plonge dans l’environnement hostile de Sukkwan, et les échanges minimaux entre le père et le fils, dénués de chaleur, ajoutent encore à cette sensation qu’une épouvantable spirale les aspire, et le lecteur avec. Quand Roy comprend que cette tentative de rapprochement va inévitablement tourner au fiasco, il est trop tard pour se raviser: son père a quitté son job et vendu sa maison pour acheter la cabane et préparer leur arrivée. Roy est coincé, sur cette île inquiétante, avec un père qui a cru pouvoir jouer les aventuriers mais qui de toute évidence n’était pas prêt à affronter les dangers de Sukkwan Island, et encore moins ses propres névroses. Tout ça finira mal, on le pressent. Mais à quel point?

La lecture m’a été presque pénible par moments, tant la tension est grande. Si Sukkwan Island était un film, il serait de ceux qu’on regarde en fermant les yeux quelques secondes de temps à autre pour quitter une atmosphère inquiétante le temps d’une respiration. Mais ça ne marche pas pour les livres, alors j’ai serré un peu les dents…  C’est bon, parfois, la peur!

 

Sukkwan Island de Davd Vann, aux éditions Gallmeister, a reçu le prix Médicis étranger en 2010. Ici vous pourrez lire une interview de l’auteur parue en novembre 2010 dans Le Monde des livres.

Ugo Bienvenu en a tiré un roman graphique publié chez Denoël en 2014.

 

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2 réflexions au sujet de « « Sukkwan Island » de David Vann »

  1. Comme quoi il faut attendre le bon moment pour lire un livre. J’ai lu un après midi d’automne de Mirjam Kristensen ce week end et c’était presque oppressant, mais c’était bien.

    1. Je ne connais pas Mirjam Kristensen mais je viens de lire le résumé d’un après-midi d’automne sur Babelio, ça m’a donné très envie de le lire. Je l’ajoute à ma liste pour ma prochaine descente chez mon libraire. Merci! : )

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